10.02.07
Les joues rouges.
(fin de) Soirée d'anniversaire d'Aina, l'une de mes deux nouvelles colocs (l'autre c'est Neus, elles sont géniales et j'en parlerai un autre jour). L'alcool a réinondé l'appart. L'écran qui nous appelle quand on se dit qu'on ferait mieux d'aller se coucher parce que merde-demain-ya-du-boulot. Justement, merde :)
C'est l'histoire d' (je suis) une fille un peu perdue, à 3h 06 heure GMT+01:00 de Bruxelles/Copenhague/Madrid/Paris, sur une planète immense ou des milliards de gens ont des tonnes de problemes plus importants qu'elle, d'ailleurs elle n'en a pas vraiment, enfin pas des vrais, juste de ceux qu'elle sait pouvoir occulter, parce que merde-ya-bien-plus-important.
Y'a bien son frère qui l'inquiète autant qu'il la déroute, mais elle a foi en ses lendemains.
Elle a les globules qui dansent avec les milligrammes de vin, le chauffage de marque number one qui lui crame les pieds, une bouteille de Coca light de dos litros qui la regarde dans le fond des prunelles, et Buena Vista Social Club qui déverse sa douceur et son calme dans la chambre qu'elle a muté en sa niche pour un an, dans la ville de tous les possibles, Barcelone.
Non, vraiment, elle n'a aucun problème.
Elle pense un peu trop parfois, peut etre, elle loge des souvenirs dans les cases present, elle s'octroie des nuits agitées et des réveils remplis de comment et surtout de pourquoi, elle sent des vides d'autres fois, le creux des vagues qu'elle s'accorde, mais elle a un port d'attache dans une ville sans la mer, un phare pour la guider, et ses bouées, ses amours de la mer du Nord pour échapper à la noyade du quotidien. Elle sait qu'elle a une vie, des plaisirs, des petits choses qui la font sourire bien plus d'une fois par jour. Elle sait qu'elle n'a pas oublié ce que d'autres effacent trop vite.
Elle a une vie.
La musique qui danse au coin de chaque rue, un passant qui s'excuse en la bousculant, un piano a roulettes qui chante ses accords avant de reprendre sa route, ou le sol qui frémit au dessus du métro métronome, l'espagnol et le catalan qui bruissent dans l'air, un coq qui chante, pendant que les rayons du crépuscule s'étirent derrière la Sagrada Familia, un colis qui lui ramène des pages de bonheur du pays du camembert, le sourire que lui offre le marchand de cancer en lui rendant sa pièce ridicule de cinq centimes, la pluie qui martèle le carrelage de la terrasse une nuit de pleine lune, les bourrasques de vent qui valsent dans ses cheveux, un cappucino-débardeur sous le soleil de 13h, un texto d'elle, ou de lui, ou d'elle, ou de lui, la force de son regard parfois, sa tortue qui lève la tête comme si elle la comprenait, ou un bon livre avec vue sur la cathédrale dans un rocking chair récupéré dans la rue, elle sourit, parle, s'ouvre, rencontre.
Progresse peu, mais avance, feuille de salade au bout de la course.
Et puis Cali qui lui hurle Lille au fond du ventre, qui joue l'amour avec Lille dans l'obscurité complice de son Zénith, et qui fait voltiger sa passion pour ce bout de territoire du Nord sous toute sa peau, tant il est scène et sens.
Tout appelle ses yeux et ses oreilles, tandis que ses bras se serrent à ceux des autres, qu'elle goûte et s'enivre d'être en vie et de toute cette chance qui lui est donnée. Le bonheur n'est pas dans l'après. Ce n'est qu'un collier de moments à enfiler pour se les accrocher ensuite autour de la mémoire. Ce soir j'y ai enfilé une jolie perle suplémentaire.
On gagne beaucoup de perles, a sortir de son huitre..

